10.10.2009
Les dimanches d'un petit garçon, Loulou, à Landeleau pendant la guerre
Loch-Conan, aux aurores, notre mère est levée, il est six heures et demie, elle va à la première messe. Il ne fait pas chaud, et pourtant le vent devrait nous apporter un peu de cette douceur, océane, le chant carillonné des cloches du bourg nous parvient distinctement, ce qui signifie que la pluie n'est pas loin.
Nous nous levons à regret, et quittons la chaleur de nôtre lit, où nous dormons ensemble, Michel et moi.
Nôtre mère est prête, et en partant, elle nous laisse pour consigne, de nous préparer, pour qu'à son retour, nous ayons pris nôtre petit déjeuner et soyons " débarbouillés " et habillés.
Aujourd'hui, on fait sa toilette, quand nous étions petits, on se débarbouillait, Que dire de cette opération de nettoyage?, Pas de lavabo, pas de douche, encore moins de baignoire, alors, une cuvette émaillée posée sur la table de la cuisine, un peu d'eau à peine dégourdie par le bain-marie de la cuisinière, le débarbouillage pouvait commencer.
Il faut dire, que les seules parties concernées le visage et les mains, avaient droit à un savonnage et rinçage, pour le reste du corps, je n'en ai aucun souvenir,
Les premières messes, tôt le matin ne sont pas très fréquentées, elles permettent aux fidèles, qui avaient des occupations nécessitant leur présence, de participer tout de même aux offices religieux.
Dix heures " recarillon ", les cloches sonnent à la volée et appellent les ouailles à la grand'messe,
Hommes, femmes, enfants, se dirigent vers l'église, endimanchés, coiffés, sabotés.
Ces sabots que nous portons tous les jours, les dimanches nous sommes contents de pouvoir mettre nos pieds dans des souliers en cuir, et pourtant, l'habitude des sabots, et quelques pas, nous font presque regretter de ne pas les avoir aux pieds.
Mais les souliers, ce n'est pas tout le monde, les hommes qui viennent souvent de hameaux un peu éloignés du bourg, et qui n'ont comme sortie de leur ferme que ces messes dominicales, ne sont pas toujours très enclins à faire l'achat de souliers, ils n'ont aux pieds que des sabots remplis de paille, dans lesquels ils sont souvent nus pieds ou avec de grosses chaussettes de laine.
Et se sont les retrouvailles, à l'entrée de l'édifice religieux.
" Comment ça va ?, (on ne s'est pas vus depuis une semaine), et les moissons, les bêtes, et la famille
Les femmes rejoignent leur place en silence, ce qui n'en va pas de même pour les hommes. Ils se retrouvent avec plaisir, et le témoignent avec de vigoureuses poignées de mains, de tapes amicales dans le dos.
Avant de rejoindre leur place, ils déposent leurs sabots au fond de l'église, ce qui ne va pas sans un joyeux brouhaha , qui ne sied pas à la sérénité des lieux
Mais cette agitation prend rapidement fin, sous l'œil réprobateur du prêtre qui attend le silence pour commencer sa messe
A l'église, les femmes sont d'un côté, les hommes de l'autre. Les enfants, filles et garçons ne se côtoient pas, chacun de son côté, mais tout proche de l'autel.
Les messes sont dites en Latin, les chants de la foi Bretonne, " SANT HELO PASTOR MAT " sont chantés par toute la communauté, en breton bien sûr. Mais il ne faut pas oublier, que la langue apprise à l'école, est le français. C'est pour cela que le prêche du prêtre en chaire, est un panaché de breton et français, selon ce qui se dit. et à qui cela est dit. (1)
La messe terminée, les hommes récupèrent leurs sabots et sortent de l'église, les femmes suivent et se dirigent vers les tombes de leurs proches. Comme à l'époque le cimetière entoure l'édifice religieux, les jours de pluie, cette disposition est bien appréciée.
Les hommes, quant à eux, se réunissent à la sortie du cimetière. Là une petite plateforme ( recouverte d'une dalle en ardoise ), à laquelle on accède par trois ou quatre marches, sert au secrétaire de mairie, qui, dans l'exercice de ses fonctions, entretien les habitants des dernières nouvelles concernant la vie de la commune.
Toutes les annonces, le prix de leur production au marché en gros de Carhaix, ( à la vente, comme à l'achat ), sont faites en breton. Pour ces agriculteurs, la langue bretonne est celle qu'ils parlent tous les jours en famille, le français, ne leur inspire qu'une confiance très limitée surtout quand il est question d'argent, et ce n'est pas en français que l'on parle de la terre, à non " GAST "
Après le cimetière, cette séparation, femmes hommes, comme à l'église, continue à l'extérieur, les femmes se retrouvent chez " Philo ", pour un café et des crêpes, les hommes vont chez " Puillandre " pour une chopine, là les conversations vont bon train, la prochaine rencontre n'aura lieu que dimanche prochain, alors, on parle de tout, de rien, de la pluie, du beau temps, des bêtes, des gens, il ne faut oublier personne ni les vivants ni les morts.
Après quelques chopines il est temps de rentrer à la maison, les femmes sont parties depuis quelque temps, il faut bien préparer le " frichti " ou le " fricot " selon.
Le repas de ces dimanches, ne changent pas beaucoup de ceux de la semaine. Une volaille peut-être, un gâteau de riz, qui a cuit dans le four du tonton Michel au bourg.
Mais, il reste un rendez-vous incontournable, pour les femmes et les enfants, les Vêpres. Cette petite cérémonie religieuse de l'après-midi, est chantée en breton par tous les participants. Des années plus tard, nous nous rappelerons, non pas des paroles, mais de leur mélodies.
A la fin de ces Vêpres, nous retournons à Loch-Conan, et la journée se termine, Nous essayons d'occuper nôtre temps libre,
En écrivant ces quelques lignes, je me demande quelles pouvaient être ces occupations.
Il faut dire que les distractions étaient rares, il est vrai que nous étions en guerre. Mais pas encore sous l'occupation allemande, ce sera pour plus tard.
Nos petits enfants, vivent une époque que nous ne pouvions imaginer, mais si un jour ils lisent ces lignes, ils se demanderons comment, leurs grands-parents ont pu se passer de musique, alors qu'aujourd'hui, elle est partout, d'images quand il y la télé et ses périphériques, de vélo qui était encore une rareté réservée aux grands, de lecture, autre que scolaire ou religieuse,
Cela ne nous a pas empêché d'être des " mômes " comme les autres, nous ne pouvions imaginer, ce que serait la vie de nos enfants dans les années 70, et encore moins de nos petits enfants peu avant le deuxième millénaire, .
A Meyzieu le 12/ 03/ 2009 Loulou
*1940 date qui nous voit arriver à Landeleau, nôtre père est mort l'année dernière
*1945 la guerre est finie, nôtre mère a suivi son époux, nôtre cousine Henriette est morte elle aussi, nous quittons La Bretagne, mais pendant quelques années nous y reviendrons régulièrement. Ce qui nous permettra de connaître nos cousins et cousines Guillaume, Marie-Thérèse et Marie-Françoise, et de reprendre contact avec Jean, sans oublier ma marraine et son époux tonton Michel, qui nous ont hébergé, quand nôtre mère terminait sa brève existence à l'hôpital de Morlaix.
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10:50 Publié dans MEMOIRE DU TEMPS PASSE PAR LOULOU | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





